Une boutique en ligne conçue par une agence en Suisse romande se situe entre CHF 8 000 et CHF 25 000 à la création. C’est la fourchette que nous appliquons, et elle correspond au double d’un site vitrine équivalent. Mais ce chiffre ne représente qu’une partie de la dépense : une boutique prélève ensuite une commission sur chaque vente, paie un abonnement tous les mois, et bascule dans la TVA dès CHF 100 000 de chiffre d’affaires. Cet article détaille les quatre postes, avec les taux officiels de 2026.
Nous ne parlons pas d’un budget théorique. Nous exploitons nos propres boutiques, et plusieurs des chiffres ci-dessous viennent de factures que nous payons.
1. La création : de CHF 8 000 à CHF 25 000
Une boutique demande tout ce qu’exige un site vitrine — architecture, design, textes, référencement — plus une couche entière qui n’existe pas ailleurs : le catalogue, le tunnel de commande, les règles de livraison, la comptabilité des commandes. C’est cette couche qui explique l’écart de prix.
| Poste | Budget indicatif | Ce qui le fait varier |
|---|---|---|
| Socle de la boutique | CHF 3 000 – 6 000 | Thème adapté ou conception sur mesure |
| Catalogue et fiches produit | CHF 1 500 – 8 000 | Le nombre de produits, et surtout les variantes |
| Tunnel de commande, livraison, paiement | CHF 1 500 – 4 000 | Nombre de transporteurs et de moyens de paiement |
| Textes et photos produit | CHF 1 000 – 5 000 | Fournis par vous, ou produits pour vous |
| Référencement de départ | CHF 1 000 – 3 000 | Structure des catégories, données structurées |
Le poste le plus souvent sous-évalué est le catalogue. Vingt produits en trois tailles et quatre couleurs, ce ne sont pas vingt fiches mais deux cent quarante combinaisons, chacune avec son stock, son prix et sa photo. Un devis qui ne pose pas la question des variantes n’a pas encore regardé votre catalogue.
Pour le détail des fourchettes hors e-commerce, nous tenons à jour un article dédié au prix d’un site internet en Suisse.
2. Ce que la boutique coûte chaque mois
C’est le poste qui sépare les deux grandes familles de solutions. Shopify est un abonnement : vous louez la boutique. WooCommerce est une extension gratuite de WordPress : vous payez l’hébergement et la maintenance, pas la licence.
| WooCommerce (WordPress) | Shopify | |
|---|---|---|
| Licence | Gratuite | CHF 29 à 359 / mois selon le forfait |
| Hébergement | CHF 15 – 50 / mois | Compris |
| Extensions payantes | CHF 0 – 60 / mois | CHF 0 – 100 / mois d’applications |
| Maintenance | CHF 80 – 250 / mois | Réduite, mais pas nulle |
| Frais si vous n’utilisez pas leur solution de paiement | Aucun | 2 % (Basic), 1 % (Grow), 0,6 % (Advanced) |
Les tarifs Shopify sont ceux affichés pour la Suisse en 2026 : CHF 29 par mois pour le forfait Basic, CHF 79 pour Grow, CHF 359 pour Advanced, avec une remise si vous payez à l’année. La ligne à ne pas manquer est la dernière : si vous encaissez avec un autre prestataire que Shopify Payments, Shopify prélève une commission en plus de celle de votre prestataire — 2 % sur le forfait d’entrée. Sur CHF 100 000 de ventes, cela fait CHF 2 000 par an qui s’ajoutent à tout le reste.
À l’inverse, WooCommerce ne prélève rien sur les ventes, mais la maintenance n’est pas optionnelle. Une boutique WordPress laissée sans mise à jour finit compromise ; ce n’est pas une hypothèse, c’est une question de temps. C’est le sujet de notre page agence WordPress.
3. Les commissions de paiement, le poste que personne ne budgète
Chaque vente est amputée avant d’arriver sur votre compte. Ce prélèvement ne figure jamais sur un devis de création de site, et c’est pourtant lui qui pèse le plus lourd sur la durée. Voici les tarifs publics des principaux acteurs du marché suisse, relevés en septembre 2026.
| Moyen de paiement | Commission annoncée | À savoir |
|---|---|---|
| Stripe — cartes suisses et européennes | 2,9 % + CHF 0.30 | Sans frais d’installation ni abonnement |
| Stripe — cartes hors Europe | 3,25 % + CHF 0.30 | Plus 2 % si une conversion de devise est nécessaire |
| TWINT — QR autocollant | 1,3 % | Aucun minimum, aucun frais fixe par transaction |
| TWINT en boutique en ligne | Fixée par le prestataire | TWINT ne fixe pas ce tarif : il dépend de Datatrans, PostFinance ou SIX Saferpay |
| PostFinance e-payment | 1,3 % | Supplément de 0,3 % pour une intégration Shopify, 0,15 % pour Wix |
Deux conséquences pratiques. D’abord, TWINT et PostFinance sont environ deux fois moins chers que la carte sur un panier suisse : proposer ces moyens de paiement n’est pas seulement un confort pour le client, c’est une décision économique. Ensuite, la partie fixe de CHF 0.30 change tout sur les petits paniers : sur une vente à CHF 15, elle représente 2 % de plus, ce qui porte la ponction réelle à près de 5 %.
Le troisième piège est plus discret : la conversion de devise. Une boutique suisse qui affiche en euros pour ses clients français paie 2 % supplémentaires sur chaque encaissement converti. Ce n’est pas rédhibitoire, mais cela doit figurer dans le prix de vente, pas être découvert au premier relevé.
4. La TVA : le seuil de CHF 100 000
Tant que votre chiffre d’affaires annuel provenant de prestations imposables reste inférieur à CHF 100 000, vous êtes exempté de l’assujettissement à la TVA. Au-delà, l’assujettissement devient obligatoire. Le seuil est porté à CHF 150 000 pour les associations sportives et culturelles sans but lucratif et les institutions d’utilité publique.
Les taux en vigueur depuis le 1er janvier 2024, et toujours applicables en 2026 :
| Taux | Valeur | Ce qu’il couvre |
|---|---|---|
| Normal | 8,1 % | La grande majorité des biens et services |
| Réduit | 2,6 % | Notamment les denrées alimentaires, les livres, les médicaments |
| Spécial | 3,8 % | Prestations d’hébergement |
Une hausse temporaire de 0,5 point est en discussion au niveau fédéral ; elle n’est pas entrée en vigueur. Nous mettrons cet article à jour si elle l’est.
Ce que cela change concrètement pour la boutique : franchir le seuil ne se traite pas le jour venu. Il faut que la boutique sache déjà distinguer un prix hors taxe d’un prix TTC, appliquer le bon taux par catégorie de produit, et faire figurer la mention correcte sur les factures. Ajouter cette mécanique après coup, sur un catalogue de plusieurs centaines de références, coûte plus cher que de l’avoir prévue.
5. Les frais de port décident de la vente
C’est le poste le plus négligé, et celui qui annule le plus de commandes. Sur une boutique que nous exploitons, il n’existait aucune option de livraison en dessous de cent euros de commande, pour un panier moyen très inférieur : chaque visiteur parvenait au paiement pour découvrir qu’il ne pouvait pas commander. Aucune alerte, aucune erreur — simplement zéro vente possible, et rien dans les statistiques pour l’expliquer.
Trois règles en découlent :
- Il doit exister une option de livraison pour tout panier possible, du plus petit au plus grand. Cela paraît évident ; c’est pourtant la panne la plus fréquente.
- Le prix de la livraison doit être visible avant le tunnel de commande. Un frais découvert à la dernière étape est la première cause d’abandon de panier.
- La franchise de port se calcule, elle ne se copie pas. Offrir le port dès CHF 50 quand le panier moyen est à CHF 40 pousse à la commande ; l’offrir dès CHF 150 sur le même catalogue ne fait qu’ajouter une déception.
6. Trois ans de boutique, tous frais compris
Le seul chiffre qui compte est le coût complet sur la durée de vie de la boutique. Voici deux scénarios pour une boutique modeste réalisant CHF 60 000 de ventes par an, avec un panier moyen de CHF 80 encaissé pour moitié par carte et pour moitié par TWINT ou PostFinance.
| Sur trois ans | WooCommerce | Shopify Basic |
|---|---|---|
| Création | CHF 10 000 | CHF 8 000 |
| Abonnement | — | CHF 1 044 |
| Hébergement | CHF 1 080 | Compris |
| Maintenance | CHF 5 400 | CHF 2 700 |
| Commissions de paiement | CHF 4 100 | CHF 4 100 |
| Commission de plateforme | — | CHF 3 600 si vous n’utilisez pas Shopify Payments |
| Total | ≈ CHF 20 600 | ≈ CHF 15 400 à 19 000 |
Ces montants sont des ordres de grandeur construits à partir des tarifs publics cités plus haut, pas un devis. Ils servent à montrer une chose : l’écart entre les deux solutions est faible au regard du total, et il s’inverse selon le volume. Choisir sa plateforme sur le seul prix affiché est le plus sûr moyen de se tromper. Le vrai critère est ailleurs : qui possède la boutique, ce qu’il en coûte d’en partir, et ce que vous pouvez modifier sans redemander un devis.
Ce que votre boutique coûtera vraiment
Commissions, abonnement, seuil de TVA. Calcul instantané à partir des tarifs publics cités plus haut — rien n'est envoyé, rien n'est enregistré.
7. Ce que ces chiffres ne disent pas
Un budget ne fait pas une boutique qui vend. Trois choses ne s’achètent pas avec le site : un produit qui intéresse, un prix qui tient face à la concurrence, et de la visibilité qui se construit dans la durée. Nous ne promettons ni volume de ventes, ni position dans Google — personne ne contrôle le classement de Google, et une agence qui l’engage par écrit vous renseigne surtout sur elle-même.
Deux dépenses réelles n’apparaissent dans aucun devis et méritent d’être provisionnées.
Le temps d’exploitation. Commandes, stocks, retours, factures, service client : une boutique se vit au quotidien. Si l’administration est pénible, elle sera mal tenue, et cela finit par se voir côté client. Sur l’une de nos boutiques, une commande payée n’a jamais été produite et est restée bloquée deux ans et demi — non pas par malveillance, mais parce que personne ne surveillait cette file d’attente. Nous avons depuis posé une alerte automatique ; c’est le genre de dispositif qu’une boutique doit avoir dès le premier jour.
La diffusion du catalogue. Faire figurer ses produits dans Google Shopping suppose un flux conforme : identifiants, disponibilités, prix, données structurées. Les refus de Merchant Center sont fréquents, souvent pour des motifs techniques que le commerçant ne peut pas diagnostiquer seul. Prévoir ce travail à la création coûte une fraction de ce qu’il coûte à réparer.
Questions fréquentes
Quel est le budget minimum pour une boutique en ligne en Suisse ?
Une boutique fonctionnelle réalisée par une agence démarre autour de CHF 8 000 en Suisse romande. En dessous, on ne parle plus d’une boutique conçue pour vous mais d’un gabarit rempli, ce qui peut convenir à un catalogue de quelques produits sans variantes.
Combien coûte une boutique en ligne chaque mois ?
Comptez CHF 100 à 300 par mois en WooCommerce (hébergement et maintenance), ou l’abonnement Shopify à partir de CHF 29 par mois plus la maintenance. À cela s’ajoutent les commissions de paiement, qui dépendent de votre volume et non d’un forfait.
Faut-il facturer la TVA dès la première vente ?
Non. L’assujettissement devient obligatoire au-delà de CHF 100 000 de chiffre d’affaires annuel provenant de prestations imposables. En dessous, vous en êtes exempté — mais la boutique doit être capable de basculer sans refonte le jour où le seuil est franchi.
Quel moyen de paiement coûte le moins cher en Suisse ?
D’après les tarifs publics, TWINT par QR et PostFinance e-payment sont annoncés à 1,3 %, contre 2,9 % plus CHF 0.30 pour une carte suisse ou européenne chez Stripe. L’écart double sur un panier suisse ordinaire. En boutique en ligne, le tarif TWINT dépend toutefois du prestataire choisi.
Peut-on migrer de Shopify vers WooCommerce, ou l’inverse ?
Oui, mais c’est un projet à part entière, pas une exportation. Les URL de produits et de catégories sont souvent référencées, et les perdre coûte cher : un plan de redirections complet, établi avant la bascule, fait partie du travail — pas après.
En résumé
Une boutique en ligne en Suisse, c’est CHF 8 000 à 25 000 à la création, CHF 100 à 400 par mois en exploitation, entre 1,3 % et 3,25 % prélevés sur chaque vente, et un basculement en TVA à 8,1 % au-delà de CHF 100 000 de chiffre d’affaires. Le poste qui décide de la rentabilité n’est aucun de ceux-là : ce sont les frais de port et le temps d’exploitation, les deux seuls que les devis ne chiffrent jamais.
Si vous préparez un projet de vente en ligne, notre page création de site e-commerce détaille notre façon de travailler. Le plus simple reste un premier échange : +41 79 771 35 18 ou la page contact. Nous regardons votre catalogue et vos marges avant de proposer un budget.
Sources
- Administration fédérale des contributions — taux de la TVA suisse et assujettissement à la TVA.
- Stripe — tarifs pour la Suisse.
- TWINT — frais commerçants.
- PostFinance — encaissement en boutique en ligne.
- Shopify — tarifs Suisse.
Tarifs relevés le 5 septembre 2026. Les commissions et abonnements évoluent : vérifiez les pages des prestataires avant d’arrêter un budget.